C’est bon! Je vais immigrer 29


George était désespéré. Il ne parvenait pas à nourrir correctement sa famille. Dans le même temps, il voyait ses voisins tomber malades et certains mourir de faim. Or il savait qu’il pouvait aller dans un pays plus riche. Il se disait : « Je vais aller là-bas, chercher du travail et après, je ferai venir ma famille. »

Patricia rêvait elle aussi d’une vie nouvelle, à l’étranger. Elle était au chômage et avait peu de perspectives d’avenir. Elle a décidé de quitter le Nigeria pour l’Espagne, en passant par l’Algérie. Elle n’imaginait pas combien la traversée du Sahara serait dure. « J’étais enceinte, explique-t-elle, et je voulais offrir à mon enfant une belle vie. »

Rachel, elle, souhaitait prendre un nouveau départ en Espagne. Elle avait perdu son emploi, et ses proches lui avaient assuré qu’elle trouverait facilement une place de femme de ménage à l’étranger. Elle a donc emprunté de l’argent pour payer son aventure, puis elle a fait ses adieux à son mari et à sa fille, en leur promettant : « On ne sera pas séparés longtemps. »

Source: http://www.dakaractu.com/ ©

Source: http://www.dakaractu.com/ ©

Vous l’aurez deviné, nos trois personnages fictifs vont s’engager dans un de ces périples qui ne surprend pas aujourd’hui : l’immigration clandestine. Tant les hommes que les femmes et les enfants, tout le monde est impliqué dans ce fléau. La vie est dure, la vie est chère, aucune perspective d’avenir qui se dessine à l’horizon. Un puissant et méprenant sentiment d’échec nous envahit, et là, on prend une décision qui va changer le cours de l’histoire, de notre histoire : reprendre tout, repartir à zéro… dans un autre pays. Mais ce n’est pas que des raisons économiques qui poussent certains à « fuir » leur pays. Il y a aussi les catastrophes naturelles, la guerre, ou même la persécution. Tous pensent que c’est mieux ailleurs que là où ils se trouvent. Eldorado? Paradis? Je me souviens encore de ce père de mon quartier qui disait comme par hasard : « Ils pensent que l’argent pousse sur les arbres hein! Qu’ils partent… » Je riais, mais aujourd’hui force est de constater qu’il avait raison, car c’est une vision assez déformée de la réalité que ces personnes ont à l’esprit. Et parler d’aventure est on ne peut mieux adapté, parce que le plus souvent on ne sait pas à quoi on se livre, surtout aux barrières qu’on trouvera en route. Et si on glissait dans la peau d’un potentiel clandestin pour voir à quoi çà ressemble?

ATTENTION CECI RESTE UNE FICTION

Bonjour, je suis Dani, jeune originaire de la Rivière des Crevettes. Mon pays m’énerve, ma vie m’énerve… Je veux changer!

Calvaire numéro 1 : s’apprêter

On m’a informé du voyage et des risque que cela comporte. On va aller de Douala à Yaoundé normalement (bus). Puis de Yaoundé on prendra le train pour N’Gaoundéré. Plus tard, nous prendrons la route de Garoua pour Ndjamena direct! Cela devrait faire à peu près 3 jours. Là-bas, nous rencontrerons le passeur, Papy, qui nous emmènera de la capitale tchadienne  pour Sebha en Lybie. Ici encore, un autre passeur, Elie et sa barque, qui vont nous guider jusqu’à Pozzallo, un port sicilien. À partir de là, c’est chacun pour soi.

Mais je ne vais pas dire au revoir aux gens. Même mon bailleur, faut que je l’évite. Non! Il faut pas qu’ils sachent. Sinon ils vont refuser… Tout a raté pour moi . Ma vie est déjà si abominable que je ne veux plus être une source d’ennuis pour les autres. Je dois et je vais me battre seul… c’est encore Ma’a Foning qui nous disait hier à Bépanda que « La vie c’est la bastonnade ». Faut donc que je vende mes choses en catimini : télé, radio, aptop, chaises, table, etc. Puis, j’irai me ravitailler au marché : miondo, mintoumba, gâteaux Kumba, etc. Me voilà fin prêt, il faut que je cherche le Finexs de 2000. Adieu, les amis!

Calvaire numéro 2 : le voyage

Me voici à Yaoundé. Je ne connais personne, alors je dois errer aux alentours de la gare, en attendant 18 heures, l’heure de départ du train pour Ngaoundéré. Je ne payerai pas le billet…  je vais aller me mettre à 2 ou 3 km de la gare, sur la voie ferrée, et je vais m’accrocher sur un wagon. Il me faut économiser, je ne suis pas sûr de ce qui va m’arriver après. Et je me rends compte que je n’étais pas le seul à réfléchir de la sorte. Sur ma route, je découvre beaucoup de jeunes dans les buissons qui attendent le train, comme moi, Parmi eux, Tchoupi. On sympathise, attendant l’heure fatidique, et comme moi, il veut aussi immigrer… Enfin, voilà le train… 1, 2, 3, 4 , 5, 6 ,7, 8 wagons. Le 9e est le bon… allez, on se lance… je cours, mon gros sac de mintoumba au dos, et hop! Je m’accroche. Christian aussi. Quelques autres aussi… Un dernier, dont j’ai oublié le prénom, et que je connaîtrai peu, n’a pas réussi. En voulant attraper la trempe du train, il a glissé, et ses pieds ont très vite été écrasés par les roues du wagon. Il crie, mais on ne peut rien faire, de peur de se faire attraper… l’aventure pour lui s’arrête là, avec en prime un handicap physique.

Toute la nuit, je n’ai pas réussi à fermer l’œil : normal, j’étais dans une position inconfortable. Le matin, nous voilà presque arrivés à N’Gaoundéré. Non, nous sommes des fugitifs, nous n’entrerons pas en gare. Nous sautons encore dans une brousse inconnue à quelques encablures de la gare. Christian sort de son sac une machette bien limée. Hey! Ce gars est un maquis? Non, pas de panique. C’est juste pour se frayer un chemin autour de cette brousse inconnue qui nous entoure. Nous voici à présent dans un kabou-kabou, en route pour Ndjamena. Dieu seul sait à quelle heure on va y arriver… Après 500 km de route, se joint à nos côtés une certaine Armelle… Elle aussi dans la même direction. Au début elle est très timide, mais Christian et moi réussissons à la faire parler : c’est notre truc commun, juste que ça n’a pas payé. Armelle fera aussi partie du voyage jusqu’au « Nouveau Monde ». Mais est-ce qu’on a le même passeur? On synchronise nos contacts, chance! C’est le même Papy… cool, on sera encore ensemble.

Ndjamena, capitale du Tchad. Il est 11 heures, le soleil est de plomb. Je ne suis plus dans mon pays, le Cameroun. Tout m’est inconnu. À mes compagnons aussi d’ailleurs. Ils sont nombreux dans cette contrée, tous portent des boubous. Par le marché, on aperçoit des pagnes. Ils sont très beaux. C’était désirable à regarder pour Armelle qui, par instinct féminin, s’en rapproche pour en apprécier la qualité. Mais nous faisons vite de la rattraper dans son appréciation des couleurs et des tissus en lui chuchotant que nous sommes en situation irrégulière ici. On ne doit pas se faire coffrer. Enfin mon téléphone sonne. C’est Papy, qui nous indique un tchapalo dans lequel le trouver. On s’y rend, et rencontrons un gros monsieur. C’est effectivement lui. Il nous demande si on lui a prévu ses 300 000 F Cfa (100 000 F C fa par personne). Nous lui répondons oui, mais je lui précise qu’il ne les aura que le soir (je n’ai pas trop confiance sur le moment). Il accepte, et demande si on veut boire. Mais on a peur de gaspiller nos sous. Alors il acheter 1, 5 litre de jus, qu’on boira dans 3 gobelets. Heureusement Armelle est une fille valable : elle a toujours les mouchoirs lotus avec elle. On essuie nos verres et avalons très rapidement ce précieux nectar sous cette chaleur ardente.

Source: quebec.autoblog.com ©

Source: Quebec.autoblog.com ©

Je ne vous dis pas où j’ai dormi, je ne me souviens plus, mais à 2 heures du matin, Papy nous réveille. Au-dehors, une camionnette avec  bâche nous attend. Tchoupi et moi, on pisse un coup, puis on embarque. Armelle aussi… Dans cette camionnette, nous sommes finalement 35. La peur augmente lorsque Papy nous souhaite courage : « Cette aventure n’est pas facile, et vous le verrez en route, mais ayez confiance… et à partir d’aujourd’hui, voilà votre famille… du moins, jusqu’en Libye… » Dans la nuit, je réussis quand même à distinguer à travers les voix les différentes origines des uns et des autres. Il y a dons des Camerounais, mais aussi des Nigérians, des Maliens, etc.

1200 km plus tard, je suis désormais incapable de vous dire où je me trouve. Ce que je sais, c’est qu’à chaque fois qu’on s’arrêtait, on tremblait. Papy négociait avec les différents contrôleurs en route, des vrais raquetteurs qui à chaque fois venaient soulever la bâche et nous demander de ne pas mourir en route. Je voulais me faire à une réalité : que c’est des histoires, mais lorsqu’on a eu une crevaison, et qu’on s’est arrêté pour changer la roue, j’ai vu, et là j’ai compris : c’était un spectacle des plus ahurissants en plein soleil… Ma montre marche toujours, il est 13 h, çà fait 5 jours que j’ai quitté Douala. Autour de moi, des grandes étendues de sable. Mais je ne peux pas me concentrer sur ce beau spectacle, car il y en a un autre qui me décontenance. Une vingtaine de charognards en train de dévorer un corps. Horrible! Je demande la machette de Christian et je cours les chasser. Me rapprochant de la carcasse, j’essaye de fouiller les poches de son jean, et je vois son porte-monnaie… il était de nationalité camerounaise. Papy nous explique que ça doit probablement être un « aventurier » qui est mort en route. Apparemment, ses amis l’ont dépouillé avant de partir. Mais Christian ne pense pas. On le fouille davantage, et là, dans une poche cachée de son jean, on trouve une liasse de billets de 10 000 F Cfa : 150 000 au total. « Le Seigneur n’abandonne pas ses enfants, s’écrie Christian. Viens Dani, on va utiliser l’argent là ». Je le suis, tout naïvement. Aussi bien je suis gêné par ce que je vois, que je suis perdu dans mes pensées. Je ne sais plus si c’est le vol ou bien juste prendre quelque chose en route, je suis perplexe. Les roues sont OK, nous voilà repartis.

Calvaire numéro 3 : nourriture & boisson

J’avais fait mes réserves de miondo et de mintoumba que j’avais bien emballées dans mon sac. Mais le comble c’est que puisque je voyage avec de la nourriture constamment sur moi, j’ai constamment aussi envie de grignoter. Je me fais un mintoumba bien pimenté avec une boîte de sardines. Très vite, les 34 autres ont les mêmes envies que moi. On mange en groupe comme au restaurant de l’université de Douala. On est solidaire, à la manière des mercenaires lancés contre le jihad. Le gros problème c’est que dans ce désert, il n’y a pas d’eau. Nos réserves/gourdes sont vides. Sous cette chaleur accablante et caniculaire du désert saharien que nous traversons, rien à l’horizon, même pas un ouadi. Je repense à tous ces villages de Garoua et de Maroua que nous avons traversés, et où devant chaque maison, il y avait un canari pour étancher notre soif. Ici, rien que du sable, une température sèche. Même quand j’ai le palu, je ne chauffe pas autant. On doit être dans les 42 à 45 degrés. Armelle propose qu’on racle chacun sa gorge, pour essayer de faire remonter un peu de salive. Imaginez-vous à quoi nous ressemblons tous à ce moment-là. Les sons les plus pourris qui s’exécutent en cœur dans le but de récolter un peu de liquide dans le fond de nos gorges. Mais même la chaleur a séché çà. Un de mes voisins n’arrivant plus à supporter la température s’écroule dans le camion. On a dû le sortir de son évanouissement avec des claques. Et là, un Nigérian a eu une de ses idées que je n’arrive pas à percuter jusqu’à aujourd’hui : que mon voisin se fasse une petite entaille, et boive son sang. Quoi? Qu’il fasse quoi? On est où là?

Calvaire numéro 4 : nostalgie

Je ne sais pas pourquoi subitement, je me suis remis à penser à Douala, ma ville. Le brouhaha  de Ndokotti, les ambiances de la rue de la Joie. Les beignets haricot me manquent déjà, je me retrouve avec une nourriture qui constipe. Je revois mes neveux, surtout eux, je revois mes frères mes sœurs, mes tantes et mes oncles. J’imagine ma mère, tout anxieuse, dans les bras de son mari. Je suis sûr qu’ils me cherchent dans tout Douala depuis une semaine déjà. Et je connais mon père : radio, télé, presse, on va lancer les communiqués partout. Qu’ai-je fait? Mon esprit devient partagé. Le regret m’envahit. J’en parle à Tchoupi, qui me rassure qu’il a eu les mêmes sentiments que moi, et que ça va passer. Sa part est finie quand nous sautions à N’Gaoundéré. Je repense encore aux raisons pour lesquelles je suis parti, et je me console avec l’idée selon laquelle ils seront tout heureux de me revoir quand je les appellerai, et des années plus tard quand je reviendrai leur rendre visite avec plein de fric. « Je vais aller là-bas, chercher du travail et après, je ferai venir ma famille » me disais-je, comme George cité plus haut.

Calvaire numéro 5 : barrières linguistiques

Nous voici enfin arrivés à Sebha, petite oasis au milieu du désert libyen à 660 km de Tripoli. Mon téléphone n’a plus de réseau, plus de batterie. L’application Translator que j’avais pris soin de télécharger pour essayer de m’en sortir ne marche pas. Papy, appelle son colistier, Elie (le second passeur) que nous devrions rencontrer. Christian et Armelle essayent de parler aux passants qui, ne comprenant pas leur langage, les regardent tout bizarrement. Je découvre avec stupeur qu’ici on parle plusieurs langues dites « berbères » : le berbère nafusi, le zouara, le tamahaq… pas possible de trouver même quelqu’un qui parle anglais. Enfin on voit un homme ayant un début de calvitie et des lunettes s’approcher de nous. Très nerveux, il va directement rencontrer Papy et commence à le savonner. Ah tiens! Ma salive est revenue, j’avale un bon coup parce que je ne sais pas ce qui va se passer après. Armelle a déjà paniqué (les femmes hein!). Elle a peur qu’on nous arrête. On essaye tant bien que mal de la rassurer, quand Papy nous rejoint. Il essaye de nous donner la teneur de la discussion avec son homologue, martelant qu’il est grincheux, râleur comme à son aise. Mais qu’il est un peu gêné parce que personne ne comprend l’arabe… en tout cas son neveu Ange, va nous y aider, et voilà comment même sans le vouloir, je dois payer des cours improvisés d’arabe, venant d’un petit gars qui fait le CE1. Vraiment ma vie hein!

Calvaire numéro 6 : la périlleuse traversée

Source: www.voyageperou.info ©

Source: www.voyageperou.info ©

Nous sommes des clandestins. Le fort de nos déplacements, c’est la nuit. Et même pour traverser, ce sera çà. Elie et Papy nous cachent encore dans la vieille camionnette pour nous amener dans un port de pêche. Là, une barquette, plus petite que le derrière du camion où nous avons voyagé, nous attend. Quoi? Nous 35? C’est là que j’ai compris l’expression pleine de sens « compressés comme dans une boîte de sardines ». Je prie… d’ailleurs, avec tout ce que j’ai déjà fait, je me demande si Dieu m’écoute encore. Mais je prie quand même. Curieusement les autres le font aussi. Je savais qu’en général, quand on bâille, les autres à côté de toi ont aussi envie de bâiller; quand on pisse, c’est pareil : les autres ont envie de pisser. La prière s’ajoute désormais à ce registre.

Il est 2 heures, ma montre fonctionne encore. La traversée commence. Il fait nuit, on ne va que tout droit. La peur est à son comble. Pas moyen d’apprécier quelque chose autour de nous, car entourés de noir. Au moins, on apprécie les quelques étoiles. J’ai soif. Mais on nous avait demandé de ne pas boire l’eau de mer. Heureusement, j’avais puisé de l’eau dans mon bidon à Sebha, et je dois reconnaître que le goût de celle-ci est très différent de ce qu’Obouh Fegue nous sert à Douala. Je ne peux pas m’endormir, j’ai peur… si je m’adosse, et je tombe, c’est fini pour moi. Aux lueurs du matin, quelques Maliens vomissent dans l’eau; apparemment ils ont le mal de mer… Autre évènement imprévu : les éclairs zèbrent le ciel, le vent souffle, notre barque commence par être ballotée par les eaux… Elie essaye de nous rassurer, mais dans sa langue; il ricane même. Je n’ai rien compris, je regarde Christian qui hoche les épaules, comme pour me dire « éhkiéh tu crois que je sais ce qu’il a dit? Non-moi oooh! » La pluie commence. Nous sommes tous mouillés. Personne n’avait prévu de parapluie. Le vent ne cesse de déferler, mais au loin on aperçoit la terre : le large des côtes siciliennes.

Reste 800 mètres… c’est la distance qui nous sépare de notre futur Eldorado, Pozzallo. Elie et sa barque n’avancent plus. Leur contrat s’arrête là. Si  nous voulons continuer, ce sera à la nage. Les gens ont beau bavarder et crier, ça ne dit rien à notre passeur. Tchoupi se lance… je deviens perplexe. Dans mon esprit, je me demande à ce moment-là pourquoi je refusais d’aller avec des amis apprendre à nager à Happy Sports et Loisirs. Les autres plongent aussi, je fais pareil… cette eau est électriquement froide. J’ai l’impression de  vivre ce qu’on décrit de la formation de nos militaires à Koutaba. J’ai un sac de près de 20 kilos sur le dos, complètement mouillé, en route vers une rive inconnue… Nager, est-ce difficile que çà? J’ai vu comment les autres le faisaient à la télé, donc je peux aussi bien le faire. Pendant ma nage, je dépasse certaines personnes qui s’étaient lancées avant moi. Leurs forces s’amenuisent, il va être difficile de les soutenir. C’est « chacun pour soi ».

Calvaire numéro 7 : aux arrêts

Je suis épuisé. Mes forces m’ont abandonné. Je n’ai jamais nagé autant de ma vie. Je ne sais même plus où sont mes compagnons de fortune. Je n’ai qu’une envie, dormir… je récupérerai des forces, et je continuerai plus tard. J’ai trouvé un petit refuge au niveau du port pour m’y reposer. De mon sommeil, je suis réveillé par ces mots « Signore, Signore, le tue carte! », ce qui traduit signifie « Monsieur, Monsieur, vos papiers! ». C’est une dame qui m’interpelle, et il ne me faut pas 10 secondes pour lire ce qui est écrit sur son habit : POLIZIA. J’essaye de courir pour m’échapper, pensant qu’elle était seule. ERREUR! 2 policiers sont devant moi. Pour une sortie de réveil, celle-ci est brutale, je dirai. Tous mes espoirs tombent à l’eau. La seule chose que je connaîtrai de Pozzallo, c’est le commissariat. Elle est triste ma vie.

Arrivé, au commissariat, me voici flanqué comme un malpropre dans une de ces cellules propres que tu as envie d’y rester. Pas ces cabinets de défection que sont les cellules pourries des commissariats à Douala. Dans mon caveau, je retrouve Tchoupi et Armelle. Je suis à sentiments partagés : autant je suis heureux de les revoir que je suis triste que ce soit dans ces conditions. L’aventure sicilienne s’arrête là. Que va-t-il nous arriver? Je ne sais pas. J’essaye de demander s’il y a un policier qui comprend le français. Un policier se présente à nous et nous explique que nous serons confiés aux forces de l’ordre et renvoyés dans nos pays, sur la base de notre carte d’identité, et  là, je m’imagine à New Bell ou à Nkondengui. Même si pour une fois de ma vie, je prendrai l’avion. Ce n’était pas çà l’eldorado que je m’imaginais. Quelle galère!

Tant de souffrances pour rien. Je voulais changer ma vie, elle a changé en pire…

NB: FICTION REFLÉTANT LA RÉALITÉ. LES CAS TRAITÉS SONT INTERPRÉTÉS PAR DES ACTEURS

PS: Ceci est une thématique imposée par #TheBlogContest. Merci Denise pour ce thème assez particulier…

Ça vous dirait de voir comment mes amis se sont exprimés sur le même thème de l’immigration clandestine? Alors faites un tour sur leurs blogs: ArmelleElieTchoupiTeclaireBikanda

The following two tabs change content below.
Dany
Je suis une griffe, mon nom est une marque. Plus sérieusement, je suis un jeune camerounais, à la plume simple, et qui pourtant vit des situations assez exceptionnelles, pétries d'émotions et pleines de leçons... C'est tout moi !
Dany

Derniers articles parDany (voir tous)


Dany

A propos de Dany

Je suis une griffe, mon nom est une marque. Plus sérieusement, je suis un jeune camerounais, à la plume simple, et qui pourtant vit des situations assez exceptionnelles, pétries d'émotions et pleines de leçons... C'est tout moi !

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

29 commentaires sur “C’est bon! Je vais immigrer

  • Alain Guy

    Ininéraires tristes qui sont pour certains le seul moyen de se definir ou de « devenir » quelqu’un. C’est dommage que cette situation qui perdure depuis la nuit des temps ne soit pas une priorité pour les politiques de nos pays. Comme me disait un « ami » à Paris, « autant être mort au paradis que d’être pauvre en enfer ».

  • Estelle De Bakondji

    Triste Realite…. Et ce qui reste bizarre est que noa freres jeunes continuent a y croire et a y fonder leurs espoirs…
    les jeunes ne recoivent pas grand chose de leurs Etats et ou sont parresseux car ne veulent pas chercher aur place.
    Merci pour cette peinture de nitre vie sociale.

  • cadia

    Beau texte, triste aventure.
    Jusq au bout on a envie de lire. On veut savoir ce qui arrivent aux trois aventuriers…
    Dommage qu ils soient arrêtés trop tôt dans leur voyage.

  • Anne Christelle
    Anne Christelle

    Bon ben, je dis heinnn toi aussi tu veux seulement devenir auteur que sauf? Ecris aussi le livre dèh lol. Bel article et j’aime bien les références à tes compagnons (Elie en passeur toi aussi!).
    Plus sérieusement, l’immigration clandestine, je ne sais jamais qu’en penser. Il me semble de plus en plus que c’est un sentiment humain et que même l’argent, etc.. n’empêcherait pas les gens d’aller à l’aventure. Puisse cependant le nombre de morts se réduire au fil du temps!

  • Mimi

    tres belle histoire, beau recit, fin triste
    il ne faut pas condamner nos frère aventuriers, le pays lui même ne donne pas le lait. le travail qui tres rare fini par se donner par de moyens peu catholik! la hausse des prix nous essoufle, de jrs en jrs le niveau de vie sélève contrairements aux remunations qui font du « sur place » et parfois même ne sont pas a la hauteurs de nos diplômes!!! koi de plus pour booster la curiosité, le désir de nos aventuriers daller ailleurs ne serait ce que pour fuir ses deboires! mai malheureusement sont tres vite rattrapés par la réalité. C LA MM GALERE PARTT et pire encor en pays étranger. il suffisait dune bonne dose de jujotte, d’humilité, de carisme et de perseverance… ils auraient pû faire quelque chose de bien avec cet argent gaspillé en aventure!
    ma belle soeur a construit peu a peu en braisant du poisson. ma meilleure pote, en vendant de la papaye pellée et pour koi pas tw ma soeur, mn frere… ON EST BIEN CHEZ SOI

  • edwin théophile

    triste réalité pour certains d’entre nous qui voient l’Europe et l exterieur en général comme new eldorado,la vérité est qu’au village quoiqu’il arrive tu auras tjr du macabo,c est vrai que çà ne nourrit tjr pas les ambitions de nos jeunes compatriotes mais au bout de l’effort vient la réussite et ce n est surement pas en fuyant les pb du pays qu’on aura quelque chose de mieux.
    bon article dany

  • chouchou

    Chapeau dany…on s’y croit on s’y voit..on le vit à travers t écrits. .. bien que le texte soit long il est bien structuré il doe en il d’aller juska bout. ..mais il fallait kan mm fer k au moins un des voyageur perce noo xaaaaa. ..

  • Franck

    Un départ n’est jamais facile. Même s’ils pensent y trouver un El Dorado, ces migrants savent qu’ils devront faire face à de nombreuses difficultés. Mais ils y voient souvent un ultime recours pour l’avenir de la famille. Ils sont des martyrs d’un autre genre, et nos gouvernements dilapidateurs leurs bourreaux

  • Jaquin Rutherford

    Waouhhhh!!! Félicitations et chapeau à toi Dani! L’article est vraiment très bien réfléchi, assez logique et reflétant la triste réalité des voyageurs clandestins. J’ai beaucoup apprécié l’introduction avec les 3 personnages fictifs, c’est comme si j’étais dans leur peau, tellement c’était bien détaillé, avec tous les contours! Les différents calvaires, eux aussi sont assez réels! C’est vraiment bien pensé d’avoir rédigé un tel article! Chapeau à tous ceux qui ont participé à sa rédaction, du début à la fin

  • celia kamsih

    merci pour ce moment de distraction et de verités bien que triste cest vrai
    maintenant qu’ils seront rénvoyés au pays que feront ils?
    ils ont tout abàndones et les voila maintenannt
    vraimen dommage
    je ne vais pas faire le discour de « mem ds noytr pays on peu reussir »
    mais jdiraik si tu na pa la possibiliT de vivre mieu qu’au pays ne taventure pas.
    ne met pa ta vi en danger

  • Yves Tchakounte
    Tchakounte Kemayou

    Pourquoi cette frénésie, cette frilosité à penser toujours que ceux qui immigrent ont toujours tord? Je suis chaque fois peiné de lire et d’entendre que ce sont des paresseux, des fainéants qui veulent aller chercher en Occident comme si en Occident c’est le lait qu’on donne aux Africains!
    A vrai dire, j’ai toujours pensé que dans mon pays des crevettes, on manque de sérieux dans la gestion à tel point qu’il n’y a que des médiocres qui réussissent. Un homme qui sait qu’il est fort et intelligent n’a pas sa place ici et est appelé à faire valoir ses compétence ailleurs s’il veut réussir dans sa vie. Attention de ne pas me prêter des intentions! Je suis camerounais et je né à Douala où je vis et pour moi, voyager n’est pas mon rêve. Je ne suis juste pas d’accord avec la victimisation des immigrés qu’on a l’habitude de présenter comme des gens qui ne réfléchissent pas.
    Peace!

  • Stephanie Mangoye

    Hey t’as reussi a entretenir mon interet, donc j’ai beaucoup aime. C’etait pas ennuyeux dutout et bon boulot Dani
    Immigrer par voie legale ou ne pas immigrer dutout.
    Merciii encore

    • Dany
      Dany Auteur de l’article

      Your welcome Stephanie
      Mon objectif, décrire au maximum une situation qui nous est anodine, mais pourtant riche d’enseignements…
      On ne mesure pas toujours les contours, les tenants, les aboutissants, voire m^me la portée d’une telle décision.
      Et pourtant

  • sandrine

    j’ai beaucoup aime cette histoire ,c’est triste mais c’est la realite.nombreux sont ceux la qui pensent que l’argent pousse sur des arbres en occident.
    merci encore dany

    • Dany
      Dany Auteur de l’article

      Exact Sandrine… un triste leurre qui malheureusement a coûté la vie à des milliers de personnes…
      Et tout porte à croire que la situation n’est pas prête de s’arrêter de si tôt

  • Bethy

    Très belle histoire ! le fait que la vie soit merdique au pays, n’est pas une raison… d’aller clandestinement être « un inconnu » vu que tu es sans papier. il y a même certains détails que je ne connaissais pas. Merci

  • Gisèle

    Je pense que les immigrés manquent un peu d’imagination. Ils espèrent une vie meilleure ailleurs alors que c’est juste une utopie. On ne se rend compte de son bonheur que quand on rencontre le malheur. Les immigrés qui réussissent à construire une belle vie à l’étranger sont des exceptions et personne ne sait comment ils ont fait.