Cinéma, mon beau cinéma, où es-tu? 24


Franchement, c’est un vrai mystère, d’ailleurs même, ça ne vaut même pas pour 25 FCFA la peine de se poser cette question, parce que tant dans le fonds que sur la forme, le cinéma camerounais dans son ensemble est une vraie merde perte. Quoi? Vous n’avez qu’à me huer, mais au moins vous savez que c’est vrai!

Source: Hervé Villard ©

Source: Hervé Villard ©

La descente aux enfers de notre cher cinéma date de 2003… Le Paradis, Eden, Le Grand Canyon, Le Berlitz, Abbia, Le Capitole, Le Wouri… que des beaux noms de somptueuses et magnifiques salles qui le temps passant, ont fermé. La clé n’est même plus sous le paillasson, on ne sait pas où elle est. Je découvre récemment, et avec beaucoup de stupeur que notre cher Ministère de la Communication avait même à l’époque une cinémathèque, à son sous-sol. Certains de ces espaces sont carrément devenues des salles agrées pour des assemblées d’églises réveillées. Oh Misère!

Le 7ème art au Cameroun est mort chers lecteurs. Ressources humaines, moyens matériels, logistique, assistance… rien, niet, nada! Pourtant une industrie culturelle qui est une formidable source de développement économique. Mais pourquoi? POURQUOI? Les gens ont les Oscars, les Césars, les Grammies… Nous on a quoi? Les Canal 2’Or? Je ferai mieux de me taire, sinon je risque perdre mes cheveux.

N’empêche qu’à bien regarder, çà n’inquiète personne, çà n’embête personne… et çà c’est un truc que je trouve quand même marrant chez le camerounais lambda. Pour lui, tu as l’impression que “tout est bon”, très bon même. Le prix du carburant augmente, çà ne dérange pas. Le prix du gaz augmente, aucun problème. La SONEL se marie, devient AES, divorce, devient ENEO, et continue à nous donner de l’Énergie Noire Et Obscure, aucun problème. N’est-ce pas les Lions Indomptables gagnent maintenant? Et c’est pour ça que le cinéma ne dit rien, plus rien aux gens.

Source: www.camer.be ©

Source: www.camer.be ©

Moussa a son café restau, il y a déjà une télé dedans. Ce qui était d’abord un restaurant simple, est devenu un vidéo club show. Tu entres, on te fait à manger, et tu manges en regardant un bon film. François dans son alimentation générale, a mis une télé… est ce que c’est facile? Les camerounais en général ont perdu le gout du cinéma camerounais, car plus rien ne les attire dans les salles… Dire que c’est pendant ces séances obscures et climatisées que certains venaient étoiler leur petite liane amie, s’arrachaient leur premier baiser à l’insu de tout le monde, que les confrères du « chabat »  venaient organiser le grand désordre, là où tu voyais une fille pleurer à grosses larmes, et interpeller toute la sécu du cinéma parce qu’elle s’est assise sur une chaise où il y avait une aiguille dressée, et un petit message à côté : « Bienvenue, tu as le SIDA ». Vraiment le bon vieux temps!

Mais il n’y a pas que la forme, les salles de cinéma qu’il faut déplorer, Malheureusement. Il y a aussi le fonds. Quel camerounais a encore sorti un bon film ou une bonne série? Çà fait belle lurette. Oui, je sais que beaucoup d’entre vous vont me parler du film Le Blanc d’Eyenga de Thierry Ntamack. C’est vrai qu’il faut reconnaitre le talent de ce jeune producteur. Mais ce n’est pas parce qu’on veut décrire les réalités de la société qu’on va tourner un film quasi porno! Et comme si çà ne suffit pas, les thématiques des productions de nos chers Ebenezer Kepombia (Mintoumba, les Déballeurs), Athanase Mvondo (Edoudoua non glacé, Coup de Balai), Jean de Dieu Tchegnebe (Man No Lap, Mon histoire) et autres tournent autour de la même chose : si c’est pas de spiritisme, c’est de sexe, ou de polygamie. En gros, c’est du refresh revisité par des cultures différentes. Quel film d’action? Les frères d’armes? Laissez-moi rire… rien que sa bande annonce en dit long sur lui.

Si le cinéma camerounais est aussi en déclin, c’est dû à un phénomène majeur aussi : la piraterie. Et ici, vous êtes nombreux à hocher la tête. Voilà! J’ai raison non? Sérieux, à quoi çà sert d’aller voir un film en avant première au Cinéma à 1500 FCFA, alors que le même film est à Ndokotti ou à Ecole publique à 500 FCFA sur un DVD Princo, que je peux même louer le même film toujours à ces mêmes carrefours à 200 FCFA et venir le remettre le lendemain? Encore que, je peux juste aller le copier dans le disque dur externe de Tchoupi, qui a pris le soin de le télécharger en torrent, et je le regarde sur mon ordi, avec un Chawarma non pimenté et un bon jus. Malheureusement, c’est pas faux ce raisonnement, et c’est ce que font plein de personnes aujourd’hui. En plus, le concurrent principal de la salle de cinéma au Cameroun, c’est le vidéo club, avec des prix ma foi exceptionnels : de 50 FCFA à  100 FCFA la séance, en fonction de la quantité d’action dans le film.

Mon article chute avec cette nouvelle ministérielle de Tata Ama Tutu Muna (MINARC), qui sous-tend que tel un phœnix, le cinéma camerounais renaîtra de ses cendres. Elle l’a dit, en Juillet 2013, depuis là, on attend…

Bonne Nouvelle: Expendables 3 vient de finir de télécharger… Je m’en vais regarder! Ciao…

PS: Ceci est un thème imposé par #theblogcontest. Merci Claudia de nous avoir fait tourner les méninges…

Ça vous dirait de voir comment mes amis se sont exprimés sur le même thême du Cinéma camerounais? Alors faites un tour sur leur blog: ArmelleElieTchoupiTeclaireBikanda et William

 

 

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Dany
Je suis une griffe, mon nom est une marque. Plus sérieusement, je suis un jeune camerounais, à la plume simple, et qui pourtant vit des situations assez exceptionnelles, pétries d'émotions et pleines de leçons... C'est tout moi !
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A propos de Dany

Je suis une griffe, mon nom est une marque. Plus sérieusement, je suis un jeune camerounais, à la plume simple, et qui pourtant vit des situations assez exceptionnelles, pétries d'émotions et pleines de leçons... C'est tout moi !

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24 commentaires sur “Cinéma, mon beau cinéma, où es-tu?

  • claudiam

    Très bon article Dani. Mais le Blanc d’Eyanga, même avec ses défauts était un beau film quand même qui a réussi à m’intéresser malgré mon grand sens critique cinéma Camerounais. Ce n’était certes pas du grand cinéma mais vu les moyens du bord l’effort est louable. Tout comme Paris à tout prix d’ailleurs qui m’avait bien plus.
    Ensuite dire que seul le piratage z tue le cinema serait une demi vérité. Comme tu le dit on allait au cinéma plus parce que c’était un moyen de sortie et détente entre potes et de drague que pour réellement voir le film. De plus l’ambiance d’une salle de cinéma entre sifflets et applaudissements est différente de quand la regarde un film tout seul devant son ordinateur

  • ck l'amour

    Expendables3 cest la mprt du film danichou.
    Franchmn si le camer etai osi vif ds linvestissemn k ds la destruction,les ecrivains coe toi orai des chances d se fer entendr.
    Mais jme dik en plus d sk ta ciT ski ns manke serai
    – deja le naturel ds nos films( lrsk ds un film amreicain ou bresilien deu pers samourach on di rien.prtan lrsk big mop embrass mado on fai beurk)
    -biensur ils tournent otour du mm scenario(polygami,spiritism-) mai l pb es k si ils sortent de ce cadr ils ne sen sortirai pa car chak oteur ve toucher sn publik local dabor(et ski ns cncerne plus cest enemi intim ou ncr cercle vicieu etc..)

  • ck l'amour

    On pourai dirk les nigerian st osi africains mai ils evolu vite
    ttefoi il fo voir osi k la mentaliT nest pa la mm.
    ils ont atteints un certain nivo a force d cotyer les americains.
    Ns on cotoi ki?? Pers.ala limite les francai.mai les films francai mm ne st k merdik,enuyan et tt.
    Si ta tata machin truk la a parler d E la renaissance du cinema kmer coe on avai osi dik le probatoir devai etr eliminer..jai bien peur k ns ne restions tjr osi bas.
    mm pa une sall d cinema ds tt un pays.franchmn cest desolan et ca fai ala limite pleurer car cest pa largen ki manke.

  • Anne Christelle
    casaanna

    Bon, je serai la première personne à te dire « pas d’accord ». Si je n’avais pas lu les articles des autres, je t’aurais peut-être dit « oui » mais les relire m’a permis de me rendre compte que trop souvent nous sommes NEGATIFS quand il s’agit de notre cher Cameroun. Le cinéma meurt certes mais que faisons-nous pour l’empêcher de mourir? Les rares productions qui sortent du lot, que faisons-nous pour les mettre en valeur? Et il ne s’agit pas que du cinéma. La sphère musicale k-mer est pleine de merde mais aussi de génies, que faisons-nous pour mettre en valeur les génies? Je dis souvent que si tu sais que le gouvernement va te ndem, fais comme s’il n’était pas là (oui, oui) et agis! Sur ce, le style d’écriture est toujours agréable même si sur ce coup, on a pas le même avis. Au plaisir!

    • Dany
      Dany Auteur de l’article

      Massa… j’ai réussi à énerver Anna! jusqu’à elle a signé avec « Au plaisir! »
      Madame, rappelle toi juste qu’il y a quelques minutes, tu voulais qu’on aille au boucan… Je dis çà je ne dis rien
      Pour revenir au débat, Anna, ce que tu dis est vrai, et je n’en disconviens pas. Je ne fais que présenter les faits, avec l’approche vue par le citoyen camerounais de tous les jours.
      Je ne condamne pas, je ne critique pas, je constate juste. Le Cinéma camerounais se meurt; hey! il est même mort… mais des mesures doivent être prises.
      Tu parles de la musique camerounaise, je suis une fois de plus d’accord avec toi. Mais regardons ensemble un autre domaine: le football camerounais. Oui je sais que tu vas dire haaaaa, mais saluons quand même le fait que depuis un certain temps les choses s’améliorent. Même si c’est à pas d’escargot boiteux, on voit quand même un certain changement: les camerounais recommencent à aller au stade, à aimer leur football local. Et soit dit en passant, ce jour, on a eu l’insigne honneur d’être le pays qui organisera la CAN 2019
      Où je veux en venir? tout est parti d’un nouvel élan concernant notre foot, une volonté de vouloir changer la donne. Et c’est venu d’où? d’en haut!
      Et c’est cette meme énergie, ce leitmotiv qu’on attend de ce «en haut», le Minarc en particulier, pour pouvoir un jour voir notre cinéma renaitre de ses cendres!
      J’encouragerai toujours les initiatives personnelles auxquelles je crois (Le cas d’Elyon’s avec a vie d’Ébène Duta a été une formidable aventure pour moi) même si rien n’est fait

      Voilà mon avis

  • T

    Très bon article mais que c’est déprimant ! En lisant j’ai failli aller me jeter du balcon.
    Tout ce qui a été énuméré est vrai mais je préfère penser que les choses ne restent jamais figées. S’il ya encore des gars passionnés qui se lèvent pour faire des films, qui réussissent à aller dans les festivals & autres, le cinéma camerounais survivra. Si nous aussi on préférait acheter le DVD de 2000 Fcfa plutôt que celui de 200 Fcfa les choses changeraient. Il suffit d’une poignée de personnes pour que le changement commence. Je préfère y croire 🙂 Et puis expendable brrr un film de mec vraiment !

  • Elie

    Dani je m’aligne sur Anna pour trouver que tu es quand même trop pessimiste. Il n’y a que dans la bible et … les films qu’on ressuscite les morts.
    Pour moi notre cinéma va mal mais tout n’est pas encore perdu! L’article de Téclaire m’a fait découvrir plein de chose qui me confortent d’ailleurs dans cette pensée.

  • suzanne

    Tu parle de cinéma je viens de me gratuitement les mots à force d’essayer de comprendre un film qui passait a canal cinéma. Vraiment hein ca ne vaut mêm pas la peine de regarder.
    Zéro makabo
    Ca donne le cancer des yeux

  • doriane tchako

    très intéressant l’article! c’est une triste réalité, la culture camerounaise est morte, que dire de cè salles de cinéma ki se st transformées en églises réveillées…situation déplorable, à la limite pathétique et pr cela des mesures drastiques doivent etr prises pr valoriser le 7è art camerounais, sauf que…la thématique doit etr revue…trop de scènes qui, au lieu d’édifier, détruisent et ruinent l’esprit!!!

  • Bergeline

    J’ai été surprise de voir qu’il y’avait des sales de Cinema au Nigeria,pays de la pitarerie à ciel ouvert….
    Bref la mort du Cinema camerounais n’est pas le fait des cinephiles camerounais,encore moins des cineaste et autres, mais de nos gouvernants qui n’ont aucune,mais alors aucune vision de la culture,encore moins du cinema,des hypers paresseux sans aucune volonté si ce n’est que celle de voler,detourner,piller.
    Dire que c’est un secteur qui pourrait absorber une partie du trop plein des jeunes chômeurs qui pilulent ici

  • Gilles NOUBISSI

    Note sur notes DAni . Bonne lecture sur cette environnement cinématographique qui ailleurs fait hégémonie de certains peuples mais qui chez nous trahie encore et toujours un manque de dynamiste et légèreté des pouvoirs publics. C’est déplorable que chez on fait toujours de l’à peu près et voilà qu’après il faut tirer les marrons du feu.
    Brefs j’aime toujours le made in Cameroon. voilà pourquoi je reste optismiste quant à l’avenir du cinéma Camerounais!

  • Ruth Mingole

    Bravo Dany, c’est tout simplement génialissime! J’en ai adoré la lecture du début à la fin et même que j’en ai pleuré de rire! Dénonciation à la fois insolite mais aussi, est-il encore besoin de le dire, criarde de ce fléau qui touche notre société camerounaise. Pour le moment, en attendant que le cinéma camerounais renaisse de ses cendres, moi aussi je m’en vais regarder Expendables 3 en streaming STP!!!

    Encore bravo et gros bisous,
    Depuis le Canada,
    Ruth qui se languit de te lire…

  • Stephanie Mangoye

    Salut! J’ai moi meme ete tres decue de la fermeture du cinema le Wouri. En plus je dirais meme que c’est un grand vide dans la culture camerounaise. Mais bon je ne me lamente plus parce que je n’y allais pas pour regarder des films, mais pour une des raisons que tu as tres bien cite plus haut(lol) et qui desormais ne fait plus partir de mes centres d’interet.